Le ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire Eric Besson a « ouvert » le débat sur l’identité nationale. Je me propose, en 1000 mots, d’apporter quelques éléments à ce débat. Pour ceux qui sont pressés, la conclusion peut servir de point d’entrée !
Vous pouvez répéter la question ?
Il est en effet de bon ton de rappeler précisément les termes du débat[i] :
- « Pour vous, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? »
- « Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui entrent et séjournent sur le territoire national ? »
- « Comment mieux faire partager les valeurs de l’identité nationale auprès des ressortissants étrangers qui accèdent ensuite à notre communauté nationale ? »
Notons dans un premier temps que ces
questions n’ont pas été ouvertes par le ministre Besson mais par son prédécesseur, le ministre Hortefeux. Le Haut Conseil à l’Intégration (HCI) a été chargé de répondre à ces questions. Le
résultat (166 pages) est disponible ici. Le HCI s’est principalement attaché à répondre aux deux dernières
questions. La première question toutefois, si elle est abordée de manière assez intéressante dans l’avant propos du rapport, ne donne malheureusement lieu à aucun plan d’action. C’est cette
question (être français) qui, à ce jour, semble prendre le dessus dans les restitutions de débat qui nous sont fournis par la presse.
Laissons de côté les basses manœuvres politiciennes pour nous intéresser au fond du sujet. Le terme d’identité possède plusieurs significations, selon qu’on le comprend par sa définition[ii] courante, par sa définition juridique, ou sous l’angle de la psychologie.
Identité et Nation
Définition « commune » : Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu'un ou ne représente qu'une seule et même réalité.
Définition juridique : Ensemble des traits ou caractéristiques qui, au regard de l'état civil, permettent de reconnaître une personne et d'établir son individualité au regard de la loi.
Définition psychologique : Conscience de la persistance du moi.
L’épithète national vient ajouter l’indication qu’il s’agit de ce « qui est relatif à une nation; qui appartient en propre à une nation, qui la caractérise, la distingue des autres nations ».
Poussons un peu plus loin la sémantique en rappelant à nos bons souvenirs ce qu’on entend par « nation » : « Groupe humain stable, établi sur un territoire défini constituant une unité économique, caractérisé par une auto-conscience ethnique (marquée par l'idée de la communauté d'origine et de destinée historique), une langue et une culture communes, formant une communauté politique personnifiée par une autorité souveraine et correspondant à un stade évolué du mode et des rapports de production ». A toutes fins utiles, précisons qu’une ethnie désigne un « groupe d'êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socioculturel commun, en particulier la langue ».
Maintenant, faisons les comptes : au moins 3 définitions pour « identité », et 56 mots pour définir le seul concept de « nation ». La conclusion que l’on peut en tirer, est que le débat aura probablement assez peu de chance, de surcroit en période électorale, d’être traité avec la rigueur qui s’impose. De ce fait, je vous propose non pas de nous contenter de ce triste constat, mais d’y réfléchir ensemble.
Citoyen, déclinez votre identité nationale !
Un peu plus haut, nous avons évoqué 3 définitions possibles de l’identité. L’approche technico-juridique, qui se base sur les 2 premières définitions, consisterait à lister des
caractéristiques : drapeau, hymne, Constitution, valeurs, frontières, langue… C’est la même approche que pour la carte nationale d’identité que l’on montre au gendarme : ces
caractéristiques sont propres à chacun, mais elles ne sont pas choisies. Elles sont données de facto à chaque citoyen français, qui y adhère à tel ou tel degré, de son propre chef. Ici se situe
le premier piège : au principe d’identité il n’est pas possible d’associer une question de jugement ; une identité ne s’accepte ou ne se refuse pas, elle est simplement constitutive de
son objet. De ce fait, définir sous cet angle une identité nationale, c’est-à-dire définir « l’être français » sous
angle technico-juridique, me paraît être un non-sens. C’est aussi très exactement la direction vers laquelle le débat risque de glisser, et ce serait un grand tort.
La conscience identitaire nationale… vaste débat !
L’approche à partir de la définition psychologique, reviendrait à définir l’identité nationale comme « une conscience de persistance du moi national » : j’ai la conscience permanente d’être français. Avoir la conscience de quelque chose n’est pas forcément dicible, mais sous-entend de mon point de vue :
- que l’individu à connaissance de son état : je suis français
- et en reconnaît la valeur morale : être citoyen français est moralement et universellement acceptable[iii].
Or, le concept de nation, par bien des aspects, n’est guère dicible dans la mesure où il est selon la définition une « auto-conscience ethnique ». Le sujet de l’identité nationale me paraît dès lors se situer clairement sur le domaine de l’engagement philosophique, et non juridique. L’identité nationale ne se décrète pas, pas plus qu’elle ne représente un état : « les interactions qui fondent une société, qui la font évoluer, ne sont pas des équations mathématiques »[iv].
Conclusion
Finalement, qu’est-ce que l’identité nationale ? A mon sens, c’est un engagement philosophique, qui s’appuie sur le respect d’un ensemble de structures, principalement la loi et ses émanations (constitution, institution, code civil…). L’identité nationale n’est donc pas un état, répétons-nous, mais une philosophie et une pratique, nécessairement évolutives, qui demandent au citoyen respect et adhésion, « le premier étant obligatoire pour s’intégrer et vivre (…), la seconde résultant d’une longue imprégnation avec les codes de cette société »[v].
Alors quel est l’intérêt de ce débat public ? Pourquoi mélanger le concept philosophique d’identité nationale avec la réflexion sur les conditions de naturalisation[vi] ? N’est-il pas extrêmement risqué d’aborder de front, deux sujets jusqu’ici implicitement associés (à tort malheureusement) à des problématiques abandonnées aux nationalistes, attisant du coup l’extrême opposé ? A mon humble avis, le vrai débat, celui qui donne toute sa pertinence à l’introspection sur l’identité nationale est de savoir si les valeurs de la République représentent encore le moteur principal l’immigration.
Article sur le même sujet découvert après coup et dont est tiré l'image du gendarme, ajoutée elle aussi après coup : http://lescalier.wordpress.com/2009/07/16/le-mystere-de-lidentite-nationale/
[i] http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/actualites/identite_nationale_un_grand_debat_dans_toute_la_france_des_le_2_novembre
[ii] Sources des définitions : TLFi
[iii] Cf. Kant
[iv] Rapport au 1er Ministre. Etude et intégration – Faire connaître les valeurs de la République. HCI, Septembre 2009. Page 6.
[v] Op. cit., page 17
[vi] Le rapport du HCI répond d’ailleurs très bien à ce que représente la naturalisation, ce qu’elle est, et comment procéder (cf pages 1 à 20, op. cit.)